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Avant propos Revue Hors série Vol IV
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La géopolitique régionale change

La constitution de poches de résistance d’inspiration islamiste au Moyen-Orient (La victoire électorale de Hamas en mars 2006 et  la résistance héroïque de Hezbollah en juillet de la même année  dans sa guerre contre Israël – en plus de l’agression israélienne contre le mouvement palestinien Hamas en 2009-2010 à Gaza  -…) ont ébranlé certaines certitudes et contribué à fissurer ce front d’intérêt entre les pays occidentaux et les régimes arabes en place

L’attractivité de l’expérience turque, son refus en 2003 d’ouvrir un 2ème front pour l’armée américaine contre Saddam Hussein, sa velléité de puissance régionale,  sa posture vis-à-vis d’Israël….(Davos en janvier 2009 et l’affaire de la flottille humanitaire en mai 2010,  …)[1], les prétentions nucléaires iraniennes, tous ces facteurs conjugués ont créé une certaine atmosphère de résistance – la révolution est possible – des peuples arabes et musulmans contre la domination extérieure et  le despotisme interne  …

En plus des ces causes structurelles, historiques voire psychologiques, le déclenchement de ces révolutions  et le relatif aboutissement de certaines  d’entre elles  ont bénéficié des certaines dynamique internes dans leur déroulement ; en effet, la réussite de la première révolution (tunisienne), l’effet de domino, l’effet  d’entrainement de groupes , l’implication massive de jeunes éduqués et des classes moyennes, la puissance  des symboles et des slogans, l’utilisation de l’internet, le rôle des chaînes arabes satellitaires, entre autres, ont joué un rôle de potentialisation certain….

C’est sur l’ensemble de ces aspects que les contributeurs  des différentes analyses présentées dans ce numéro, loin de toute   prétention  à  décréter des certitudes,   se sont évertués à  essayer d’apporter un éclairage un tant soit peu lucide  prenant en considération l’ensemble de paramètres spécifiques de chaque pays et les enjeux géopolitiques et économiques régionaux et internationaux[2].

Dans un ouvrage très intéressant    de  Mathieu  GUIDERE[3] sur les révolutions arabes on peut lire :

« Après avoir salué la « libération » du monde arabe et la « transition » démocratique, les médias occidentaux se ravisent et hésitent quant à la qualification des événements : révolte, révolution, soulèvement, rébellion, insurrection ? Le flottement dans le vocabulaire est à la mesure du doute qui s’empare des acteurs et des observateurs. Face a la diversité des situations et à la confusion des saisons, il faut désormais prendre du recul pour comprendre la complexité d’un monde en plein mutation ».

D’où l’incertitude des évolutions futures dans l’ensemble des ces pays ; les prémisses de  la contre- révolution en Egypte caractérisée par une  certaine  complicité entre les islamistes et le conseil supérieur de l’armée en constitue une illustration édifiante ; autrement dit le Rais est parti mais le régime est resté plus ou moins intact !

Malgré cela, les chances de  contre- révolutions irréversibles  sont moins importantes qu’on  le pense, car  les peuples dans le monde arabe  disposent d’atouts non négligeables .On peut citer, entre autres,

Ø  Le syndrome de la peur a pratiquement disparu

Ø  L’idée du fatalisme des pays arabes destinés à des régimes  despotiques  est révolue

Ø  L’image de l’Arabe aux yeux de l’autre a fondamentalement changé

Ø  La pyramide des âges  dominée par une   jeunesse diplômée et désœuvrée

Ø  Des situations socio-économiques peu enviables

Ø  Le rôle de l’image  et de la communication

Bref, rien ne sera plus comme avant.

L’histoire de  l’humanité nous apprend que les révolutions  n’ont jamais connu d’évolution linéaire et  ne se font pas faites  en une année ou deux ; les reflux sont possibles mais le processus de mutation de l’ensemble des  pays arabes est quasi irréversible dans le sens  de l’instauration au sein de ces sociétés  de  la dignité ,de  la liberté et la reprise  de la   parole par les citoyens  cantonnés, durant   des décennies, par les différents pouvoirs  dans la marginalité, la misère et la non-participation à la chose politique.

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[1]Sur les autres  facteurs  de la détérioration de relations entre les deux pays, voir Aymeric Chauprade «  La crise Israël-Turquie et les conséquences régionales (Moyen-Orient, Union européenne) paru dans le n° 233 de Marine et océans, décembre 2O11

 

[2]Ce  numéro reprend l’essentiel des actes  du colloque international organisé le 19 mai 2011 par le CRESS et l’unité de recherche « Eudes internationales » de la faculté de droit Souissi ..

[3]Mathieu  GUIDERE  « Le choc des révolutions arabes »  Ed. Autrement,  2011,215 p, p.13.Voir une note de lecture de cet ouvrage faite par l’Institut royal  des études  stratégiques (IRES) dans la partie de III de ce numéro.

 

 

Abdelmoughit BENMESSAOUD TREDANO
Président du CRESS

8  février 2012