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Editorial du 2éme numéro
Partie II
Partie III
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Les thématiques du présent numéro– en l’occurrence la question saharienne et le Maroc et l’espace euro-méditerranéen ont été fixées il y a plus d’un an, c'est-à-dire au moment du lancement de notre revue.

Le vent de révolte que connait le monde arabe, depuis maintenant plus de six mois, ne peut rendre obsolète ou anachronique le traitement de tels sujets …
Bien au contraire, cette actualité impose plus d’audace aux gouvernants et aux peuples de la région maghrébine et méditerranéenne dans l’approche de leurs différends et dans l’exploration des possibilités de dépassement de ces crises ainsi que dans la recherche de nouvelles pistes pour une meilleure coopération entre les composantes du Maghreb d’une part, et entre le Nord et le Sud de la Méditerranée, de l’autre.
Tout le monde sait que le conflit saharien paralyse toute forme d’intégration au Maghreb, et ce depuis plus de trois décennies, et que le conflit en Palestine hypothèque l’avenir de la Méditerranée ou, bien plus grave encore, celui de l’Europe ; car en définitive la rive Sud pourrait constituer un espace de sécurité et surtout de contrepoids face aux puissances asiatiques…
Au carrefour des trois continents, le Maghreb et le Moyen Orient peuvent jouent un rôle de jonction entre une Europe déclinante et une Asie de plus en plus envahissante, puisqu’ils constituent une base et une profondeur stratégiques pour une Europe à la recherche d’un nouvel élan dans un monde où les forces émergentes se concentrent surtout au niveau du continent asiatique.
Il est incontestable que la victoire des révolutions arabes – et notamment libyenne – pourrait offrir une opportunité au Maghreb et au Maroc en particulier, dans la perspective d’un dépassement définitif du conflit saharien…
En effet, l’avènement de régimes plus ou moins pluralistes au Maghreb est susceptible de mettre fin au monopole des décisions stratégiques exercé par des systèmes oligarchiques, civils ou militaires, qui ne prennent pas en considération les intérêts des peuples de la région …
En attendant que le printemps arabe ait les effets souhaités sur la région, le Maroc doit agir pour contribuer au déblocage de cette situation préjudiciable pour les peuples maghrébins…

Afin de «désenclaver» la position marocaine (sur le plan physique et au niveau des idées) il importe donc d’explorer les pistes suivantes :
Au regard de la communauté internationale, il faut davantage crédibiliser la proposition de l’autonomie en approfondissant le processus de régionalisation interne… La préparation d’un rapport sur la régionalisation avancée par la Commission consultative de la régionalisation en 2010 et l’adoption de la nouvelle Constitution marocaine le 2 juillet 2011 constituent les premiers jalons d’une réelle mise en œuvre de la proposition marocaine quant à l’autonomie du territoire saharien.
Par ailleurs, une véritable stratégie saharienne doit être conduite au Nord comme au Sud du Maroc ; ceci passe par la mise en place d’une série d’actions conduites dans deux directions :
-Vis-à-vis de l’Espagne, il importe d’approfondir les relations avec ce pays au point de rendre les deux entités fortement interdépendantes. Agir auprès des gouvernements régionaux et de l’opinion publique espagnole (par le biais d’échanges tous azimuts) se doit d’être une action impérative et stratégique,…
-En direction de son Sud, le Maroc doit développer et consolider sa dimension saharienne et africaine ; il doit aller jusqu’à explorer la piste d’un processus de rapprochement voire d’unification avec la Mauritanie et le Sénégal…
D’autre part, dans l’approche de ce conflit endémique, certaines vérités méritent d’être rappelées. En effet, après vingt-cinq ans de médiation de l’ONU et plus de trente-cinq ans de conflit, certaines conclusions sont à prendre en considération dans la compréhension de la perspective du dépassement de la crise saharienne:
? Le principe du référendum donnant un vainqueur et un vaincu n’est pas praticable .
? La solution à ce conflit dépend de la réalisation d’un certain nombre de conditions:
• L’ONU doit adopter une position ferme par rapport à la partie récalcitrante, et ce avec l’appui fort des Américains.
• Tant que l’élite civile et militaire algérienne qui a créé l’affaire du Sahara est encore là, il paraît difficile de croire à l’idée d’une solution possible et imminente…
• Si les puissances (l’Europe et les Etats-Unis) ont intérêt à la pacification et à l’unification de la région, on peut penser que certaines chances de dépassement contribueraient à accélérer le processus.
• Les risques d’instabilité dans les confins de la zone sahélienne (contrebande et terrorisme, entre autres) sont également susceptibles de jouer un rôle de catalyseur dans le sens d’une possible solution…
Autant dire que la complexité de ce conflit, sa durée et les enjeux qu’il engage ne sont pas de nature à faciliter une solution devant lever l’hypothèque qui pèse sur la région du Maghreb.
Le Maroc, en proposant la formule d’autonomie, a fait un grand pas dans le sens d’un dépassement de la crise. A la communauté internationale d’assumer sa part de responsabilité ; la région du Maghreb et l’espace méditerranéen en ont promptement besoin.
Quant à l’intégration des composantes de la Méditerranée et la coopération entre les deux rives de cet espace, il y a une seule et unique condition : la résolution du conflit israélo-palestinien.
C’est perdre un temps précieux et se bercer d’illusions que de croire que l’Union Pour la Méditerranée (UPM) serait la solution : elle n’est pas plus qu’un contournement de la question.
Ni la déclaration de Barcelone(1995), ni les accords de libre- échanges conclus d’une manière bilatérale avec les pays du Sud de la Méditerranée, ni un quelconque statut avancé (le cas du Maroc) encore moins le projet du président Sarkozy (UPM) ne peut apporter une solution durable en matière de sécurité et de développement dans l’espace méditerranéen …
En effet La question palestinienne reste centrale dans la région, et rien ne se fera de valable, de constructif et de viable dans l’espace méditerranéen si le peuple palestinien n’est pas rétabli dans ses droits nationaux…
Il est grand temps que la communauté internationale et l’Europe tout particulièrement réparent l’injustice commise à l’égard de ce peuple depuis le début du XXème siècle…

Il importe de rappeler que l’Europe, en particulier, et la communauté internationale, de manière générale, en commettant ce que nous appelons les sept péchés capitaux, sont à l’origine de ce conflit et leur mansuétude à l’égard des excès d’Israël durant un demi siècle (depuis 1947) en a fait un problème inextricable…
Sans entrer dans les détails de ce conflit, il n’est peut-être pas inutile de rappeler certains faits historiques qui sont autant de vérités à ne pas oublier…
1 -La Déclaration de Balfour du 2 novembre 1917, prévoyant un foyer national juif, alors que l’Empire Britannique ne possédait aucun titre pour disposer de ce territoire…
2 -L’insertion d’un paragraphe de cette déclaration (portant sur la nécessité d’un foyer national juif en Palestine…) dans le mandat confié à la Grande-Bretagne sur la Palestine par la SDN a été considéré comme un impair à l’origine de tout le drame palestinien…
3 -L’encouragement de l’émigration juive par la puissance mandataire en vue de changer l’équilibre démographique n’était pas ni anodin ni sans objectifs inavoués.
4 - L’absence de transformation du statut de mandat en statut de territoire sous- tutelle par la puissance mandataire au moment de la création de l’ONU (en 1945) a davantage compliqué la question…
5 - L’admission par l’ONU d’Israël, entité venant d’un territoire qui faisait encore l’objet de contestation entre deux peuples, est une autre maladresse de la communauté internationale.
6 - La Résolution 242 adoptée en 1967 par le Conseil de sécurité de l’ONU au lendemain de la guerre des Six jours considérant les Palestiniens comme de simples réfugiés, en leur déniant la qualité de peuple, constitue un autre déni de justice…
7 - En 2003, le président américain G. Bush junior a fait une déclaration pour le moins préjudiciable au peuple palestinien : « Israël ne peut pas revenir aux frontières de 1967…». Il s’agit en fait, ni plus ni moins, d’une Déclaration Balfour Bis.
Voilà donc en quelques mots l’origine du drame palestinien et les impairs commis par la communauté internationale à l’encontre de ce peuple.
Tout le monde, et l’Europe en premier, doit se convaincre que le conflit palestinien est l’épicentre des conflits dans le monde et que, sans une solution juste et durable, aucune paix n’est envisageable ni dans la région ni dans le monde.
Au-delà de la paix, l’avenir de la Méditerranée et de l’Europe en dépend…
Voilà, entre autres, quelques raisons qui expliquent, le maintien des ces deux thématiques (la question saharienne et méditerranéenne ainsi que le conflit palestinien) comme toile de fond dans le N°2 de notre Revue, et ce, en dépit de la conjoncture dans le monde arabe.
C’est donc pour l’ensemble de ces raisons que l’Europe doit s’investir, d’une manière décisive, dans ces deux dossiers…
Il ne s’agit là nullement d’une action charitable ou magnanime en faveur d’un peuple et d’une région en détresse ; il y va de l’intérêt et de l’avenir même du vieux continent. La paix aujourd’hui dans ladite région, c’est la prospérité et la sécurité de l’Europ de demain dans un monde de plus en plus instable et où la compétition internationale est de plus en plus féroce…

Abdemoughit Benmessaoud Trédano
Directeur de la Revue
10 août 2011